Quelle place pour la religion en Bretagne ?4 avril 2009
Un patrimoine architectural religieux très riche, doté de fortes spécificités ; sept saints fondateurs célébrés chaque année par le Tro Breiz ; les troménies, les pardons, le pèlerinage de Saint-Anne-d’Auray, la figure de Saint Yves, Sainte Anne…

Le tro breiz aux environs du Mont-Dol - photo : trobreiz.com
- Quelle place la religion occupe-t-elle dans l’esprit des Bretons ?
- Quelle place occupe la spiritualité au sens plus large, qu’elle soit ancrée ou non à une religion ?
- Quels types de pratiques sont observables ? Y a-t-il de nouvelles pratiques chrétiennes ? D’autres religions apparaissent-elles ?
- Quel rôle jouent les laïcs dans le fonctionnement de l’église ?
- Quel place pour l’enseignement privé religieux catholique ?

“Quel rôle jouent les laïcs dans le fonctionnement de l’église?”
Je dirai qu’aujourd’hui , leur rôle est capital tant d’un point de vue matériel que spirituel et je peux ici me référer à ma propre expérience.
-Matériel d’abord , commençons par cela car c’est le nerf de l’action religieuse : autrefois nous avions comme partout les conseils de fabrique, aujourd’hui , c’est le conseil économique qui dirige , sous la houlette du bon pasteur qu’est le curé ( le recteur , devrais-je dire , nous sommes en Bretagne) les finances et les travaux qu’elles permettent surtout lorsque les églises ne sont pas sous le coup de la loi de 1905, malheureusement! Une paroisse est une véritable entreprise,
une PME, gérée par des bénévoles de tous crins ( trésoriers, chefs de chantier , manuels de tous ordres professionnels etc).
- Spirituel et c’est là le but, la raison d’être de l’action des laïcs dans l’église: seconder les ministres du culte par leur participation en tant qu’animateurs pastoraux , en tant que diacres mariés et comme célébrants de cérémonies d’obsèques…surtout dans le Finistère mais cette pratique a tendance à se diffuser dans toute la Bretagne…Nos bons pasteurs voyant leur effectif fondre malheureusement…
Le laïc religieux ( excusez le paradoxe…) va prendre de plus en plus d’importance dans le fonctionnement de l’Eglise…Mais jamais , un laïc , ne pourra “consacrer”, c’est à dire transformer le vin et le pain en sang et corps du Xrist, à moins qu’un successeur de Benoît XVI ne décide de réformer d’une façon absolue le droit canon…
L’église n’est pas préte ( sans jeu de mots) à cette métamorphose…
Woula, beaucoup de questions à la fois.
* Quelle place la religion occupe-t-elle dans l’esprit des Bretons ?
Elle occupe certainement une place moins grande qu’autrefois, mais je crois que la région reste bien plus croyante et pratiquante que d’autres ; la religion catholique y est bien entendu majoritaire. La Bretagne a bien changé ces 50 dernières années et s’est en grande partie libérée d’une société assez rigide où la religion pouvait parfois être pesante.
Mais la religion demeure un fait social important, notamment au travers de l’architecture (chapelles) et de la culture (pélerinages, toponymie), comme en témoigne le succès du Tro Breiz renaissant qui n’est plus seulement un événement religieux.
* Quelle place occupe la spiritualité au sens plus large, qu’elle soit ancrée ou non à une religion ?
Là, je passe mon tour :) Je signale juste l’existence des druides mais ça reste assez marginal, je pense.
* Quels types de pratiques sont observables ? Y a-t-il de nouvelles pratiques chrétiennes ? D’autres religions apparaissent-elles ?
Je signale juste le rôle important des pardons et des pélerinages, qui sont demeurés de grandes fêtes : pardon de Saint Yves à Tréguier, de sainte Anne à Auray et à Sainte-Anne-la-Palud, etc. Ils ont pour caractéristiques d’attirer les gens de tous les âges, et pas forcément pratiquants.
* Quel rôle jouent les laïcs dans le fonctionnement de l’église ?
Déjà bien expliqué précédemment.
* Quel place pour l’enseignement privé religieux catholique ?
Un chiffre résume bien son importance : environ 50% de l’enseignement en Bretagne est privé (très majoritairement catholique). Contrairement au reste de la France, aller à l’école dans le privé est assez banal et en tout cas pas “mal vu”. On appelait d’ailleurs autrefois l’école publique “l’école du diable” :)
Quelle place pour l’enseignement privé religieux catholique?
la question avec trois épithètes ne manque pas de surprendre, mais on cerne vraiment le sujet… On sait de quoi on cause !
L’”ex-école des curés” par rapport à l’”ex-école du diable”, pour reprendre la juste expression de Gwen, occupe une place plus importante en Bretagne que dans le reste de la France…Celà a longtemps été dû à la religiosité du pays (la foi bretonne , la culture des pardons , la crainte de Dieu etc).
Aujourd’hui, la donne a changé, si les fidèles ont tendance à toujours inscrire leur enfant à l’école catho, leur nombre diminuant , on devrait constater une baisse des élèves scolarisés. Or il n’en est rien, en Bretagne , l’école privée a conservé son aura dûe aux méthodes d’enseignement, à l’écoute peut-être plus personnalisée des enseignants vis à vis des parents d’élèves, aux cours de morale induits par l’enseignement du caté, que sais-je encore!
Les 3/4 des parents d’enfants à l’école catho ne pratiquent pas et un bon tiers ne croit pas… Ils ont la fibre du consommateur et pensent que pour une somme minime (du moins en maternelle et primaire) leur enfant sera bien “formé”.
Ceci dit , les passerelles fonctionnent entre public et privé, comme je l’ai dit plus haut , en raison du consumérisme des parents… Et c’est très bien ainsi.
A propos de la place de l’école privée : parfois l’école privée est la dernière à rester quand l’école publique est partie. Certains secteurs (enseignement agricole) sont également assurés quasi exclusivement par le privé.
> Taddik, je me dois de faire attention aux formules afin de présenter les choses avec neutralité ;-)
> Taddik et Gwen, pensez-vous qu’en définitive les parents adeptes du privé et ceux du public se rejoignent pour considérer que ce choix “cinquante/cinquante” est en quelque sorte l’équilibre qui permet d’excercer un choix plus libre ? Ou bien, les deux communautés tendent-elles à vouloir se supplanter ? Y-a-t-il cohabitation “naturelle” conduisant finalement à une offre scolaire harmonieuse, ou bien y-a-t-il des tensions voire des conflits (même feutrés) entre les responsables des deux enseignements ?
Il y a évidemment de nouvelle pratiques en Bretagne, comme partout dans le monde d’ailleurs, avec un soucis général de ne pas imposer de directions culturelle pour l’Eglise Catholique puisqu’on en parle, encourrageant chacun dans sa sensibilité spirituelle: charismatique, plus “traditionnelle”, plus dans “l’air du temps”… du moment que l’Essentiel soit au coeur de la pratique.
De là à ce que celà soit une particularité bretonne remarquable, non je ne crois pas.
Comme partout encore, les chrétiens se réaproprient leur Foi, dans la culture qui est la leur: celà explique le Tro Breiz “nouveau” qui fait tourner la Bretagne depuis quelques années, celà explique des communauté bretonnantes comme Minihy Levenez dans le Léon, les fraternités comme les Gedourion dans le Morbihan… et quelle ferveur! Mais cette ferveur est ailleurs perceptible d’une manière sans doute identique (Paray le Monial, Festival de Chartres, etc…).
Dans l’histoire, il faut aussi remarquer le travail exceptionnel fait au sein des JOC, JAC, patronages pour le développement social et économique des campagnes, des classes pauvres en générales.
Sur la matière bretonne, on notera la lettre pastorale de FM GOURVES “Le renouveau de la culture bretonne, un défi pour l’église” en 2003 à l’occasion de la venue de JPII Ste Anne d’Auray.
Les religions qui apparaissent: un druidisme étant plus de la religiosité qu’une religion selon moi. Le matérialisme aujourd’hui mondialisé avec son dieu Argent et Pouvoir a sans doute enlevé beaucoup à la culture bretonne où le spirituel avait une place importante. Le temporel (l’horizontal, la Terre) et le spirituel (la verticale, le Ciel, l’Au-dela) semblaient faire bon ménage.
La culture est facteur de lien. Les religions aussi sur un autre plan.
Laurent , je plaisantais bien sûr sur les 3 épithètes que la neutralité du webmestre effectivement exige et je fais amende honorable car mon épouse qui est dans l’enseignement me précise qu’en plus la nuance en contrat d’association manque …Car il existe en Bretagne au moins , à sa connaissance, une école privée religieuse catholique (hors contrat d’association avec le ministère de l’Education) … dont les professeurs sont uniquement rémunérés par les subsides versés par les parents.
Je ne pense pas que les deux communautés ( privé en contrat et public) essaient de se supplanter, elles jouent effectivement la complémentarité tant au niveau enseignement ( matières enseignées) qu’au niveau géographique. ( ville - campagne)..Ce qu’a très bien dit Gwen…
Toutefois , il peut y avoir de l’acrimonie lorsque le “public” lors de fermetures a le sentiment d’être lésé ( qu’il se rassure , le” public “, si une école est momentanément fermée, elle pourra réouvrir si les effectifs progressent, ce qui ne sera pas le cas pour l’école privée pour qui fermeture rime avec définitif actuellement).
Les conflits, pas toujours feutrés d’ailleurs , relèveraient plutôt de certaines instances municipales qui peuvent faire “légérement ” blocus aux subventions à accorder aux écoles privées…mais ceci est un autre débat…
> Arnaud, Pensez-vous que le Tro Breiz peut gagner encore en ampleur dans les années à venir ? Sentez-vous une dynamique forte pour l’avenir autour de ce pélerinage ?
> Taddik aucun problème ;-)
Bonsoir Laurent,
Pour vous répondre honêtement, je ne sais pas! Il y a une vrai dynamique qui dure.
Je remarque cette année un formidable mouvement autour de la St Yves, même s’il sort du cercle des 7 saints fondateurs. Ce personnage de justice dépasse les clivages religieux et anti, sur un terrain qui l’est par contre! La Bretagne à une chance et un modèle certain dans le témoignage de cet homme d’hier mais tellement contemporain.
> arnaud, merci pour ce rappel effectivement important du rôle des JOC.