Quelle présence de l’eau en Bretagne ?16 avril 2009
Désolé tout d’abord pour le silence relatif de ces derniers jours.
Essayons aujourd’hui de parler de la présence de l’eau en Bretagne, de l’eau en tant que « matière ». L’eau se manifeste sous des formes très différentes selon les territoires ; l’eau ne se présente pas de la même façon en Amazonie et en Islande où elle est pourtant très présente ; il lui arrive même de s’illustrer… par son absence si l’on pense à un espace comme le Sahara. Mais qu’en est-il en Bretagne ?



- Comment peut-on qualifier la présence de l’eau en Bretagne ? Quelles sont ses diverses manifestations, comment se présente-elle dans le paysage ?
- Quel est selon vous le rapport de l’eau douce – celle des rivières notamment, la pluie etc - avec l’eau de mer en Bretagne ? L’une est-elle plus présente que l’autre ? Jouent-elles une « partition » commune ou séparée ? Quelle présence de l’eau douce sur le littoral ?
- Comment les Bretons vivent-ils leur rapport à l’eau douce ou salée ; pratiquent-ils particulièrement les sports nautiques, la nage ?

L’eau est la richesse de la Bretagne. Elle est omniprésente sans toutefois être agressive.
Contrairement aux animateurs des prévisions météorologiques pour qui le beau temps c’est 100 % soleil, il faudrait considérer la pluie comme une bénédiction. Elle est rarement violente ici et plutôt modérée en volume dans cette région, et pourtant elle est à l’origine d’une myriade de ruisseaux et rivières. Le contraste avec le Millevaches (j’ai passé quelques années dans son voisinage) est flagrant.
Mais cette richesse est à préserver et même à mettre en valeur. Pour certains, ce n’est qu’un système d’égouts pour leurs élevages. Cela pourrait se comprendre si les élevages intensifs étaient réellement créateurs de richesse, il n’en est rien. Il y a d’autres façons de mettre en valeur les espaces bretons, plus rentables et moins agressifs.
Pour l’eau salée, pas de commentaire, c’est trop évident.
C’est dans la contradiction.
L’eau est sacré, c’est un fait.
Je me souviens d’une visite que j’organisait avec un groupe de personnes agées de Cornouaille et nous avons fait le tour de la fontaine de St Samsom, vertueuse contre les rhumatismes à Landunvez. Face à la mer. Chacun a son tour s’est frotté là ou son corps lui faisait mal et a même amené dans le car un peu pour ceux qui ne pouvaient pas se déplacer !… Oui eau sacré aux vertus magiques ou autour des fontaines se retrouvent stèles de l’age du fer, croix, chapelles, fleurs fraiches encore.
Mais aussi eau souillé, noire par le productivisme agricole.
marais, rias, vasières, salines, prés salés… des milliers d’hectares d’une richesse extraordinaire… marécages auparavant jugés infâmes et improductifs donc à combler d’urgence (remblai, dépotoir, etc) jusqu’à ce qu’on prenne conscience de leur rôle essentiel à la fois écologique et économique.
cas de figure spectaculaire, les marais salants des bassins de Guérande et du Mès : architectures d’argile vieilles de 2000 ans, menacées de disparition dans les années soixante par urbanisation et non-transmission du métier et témoins d’une renaissance qui ”irrigue” aujourd’hui des échanges sur toute la façade atlantique européenne, mais aussi en Corée et en Afrique (mise au point de salines solaires au Bénin, application du savoir-faire hydraulique en riziculture en Guinée… c’est pour ça que certaines cabanes de paludiers ont un petit air de tropiques !)
Maîtriser l’eau, un art vieux comme le monde qui s’accomode très bien de quelques améliorations techniques made in XXIe (manche d’outil plus léger en fibre de carbone, buses en PVC, bâche…)
Bonheur à l’état pur de s’immerger dans un bain de silence où tourbillonnent vents, bruissements, clapotis, chants flûtés, froufrous d’ailes, parfums de vase et de foin coupé, miroitements… on se sent loin, loin, loin !
Quand il n’y a pas de sel (deux étés pourris à suivre) tout le coin se sent un peu orphelin, ambiance morose… quand le soleil tape, il y a du monde au marais et ça met de l’effervescence, c’est vraiment l’été !
Qu’elle soit eau salée , qu’elle soit eau douce l’eau est un des trois éléments essentiels dans la mythologie celte ( représentée par notre cher triskell- eau, terre ,feu).
Plus prosaîquement , l’eau en Bretagne qui est souvent un objet de conflit , a de nombreuses localisations décrites par Couti .
De l’Océan et de la Manche, du Mont Saint Michel à l’estuaire de la Loire- notre fleuve breton- l’eau salée baigne les côtes sur quelque 1300 kms, en suivant le sentier des douaniers. Pas un seul des 5 départements bretons n’est oublié: dunes, falaises, marais, plages de sable fin, grèves…
Malheureusement , les diverses pollutions n’ont pas non plus oublié de s’inviter sur nos côtes qu’elles viennent du large ( pétrole, déchets rejetés par les navires) ou de l’intérieur ( nitrates occasionnant la prolifération des algues vertes).
C’est par ces faits désastreux que l’on comprend la symbiose qui existe en Bretagne entre eau douce et eau salée…On accuse les paysans, soit ils ne sont pas exempts de tout reproche, mais nous devrions sûrement nous interroger nous mêmes sur nos travers en matière d’écologie… Les particuliers polluent à raison de 30% au moins…( pesticides , desherbants…)
Je rejoins ,sans que ce soit un paradoxe ,l’idée de JluK qui nous dit que
l’eau est la richesse de la Bretagne, mais pour l’instant, notre trésor n’a pas la côte…( si je puis me permettre ce jeu de mots)
Ne désespèrons pas , le breton a toujours su rebondir et là encore , il deviendra , avec des élus qui y croient , un bon élève…
En terminant mon petit post sans prétention , je pense à mon Blavet , au canal de Nantes à Brest, à la grande Brière- un paradis-, à la rigole d’Hilvern, au sillon de Talbert.. à la plage des blancs-Sablons.
Ma Doue , que la Bretagne est belle ,
gardons- lui son air pur et rendons-lui la clarté et la potabilité de son eau, cet élément vital à toutes les espèces qu’elles soient animales , végétales voire minérales.
> couti, un grand merci pour cette contribution sur les savoir-faire liés au sel.